Alcatel : Equipementiers télécoms

EBIT négatif sur l’ensemble de l’année

En dépit de la poursuite de la contraction du marché, le dernier trimestre devrait refléter une croissance des ventes due à l’effet saisonnier. En tout état de cause, et malgré un discours rassurant sur l’abaissement du point mort au niveau anticipé des ventes du 4T 02, la persistance de la dégradation du climat des affaires ne pourra pas permettre de compenser les pertes d’exploitation enregistrées au 1er semestre 2002.

Vers un effectif de 60 000 personnes

Pour répondre à la chute des commandes en provenance des opérateurs télécoms, Alcatel a annoncé un plan de suppression de 13 000 emplois supplémentaires par rapport au plan du mois de juin dernier qui incluait 10 000 suppressions de postes. Ces mesures devraient ramener l’effectif global du groupe (ASB inclus) à 60 000 personnes d’ici à la fin 2003, soit environ 22 000 postes de moins qu’à fin juin 2001 (voir tableau). Elles entraîneront l’inscription de €500 millions de charges de restructuration supplémentaires qui viendront s’ajouter aux quelques €1.2 Md de charges déjà provisionnées sur l’exercice 2002.

Point mort à €3 Mds de CA trimestriel

L’objectif est de ramer le point mort sur la base d’un chiffre d’affaires trimestriel proche de €3 Mds, soit un niveau de chiffre d’affaires annuel de 25 % inférieur à celui de l’activité 2002. Le précédent objectif de point mort reposait sur un CA trimestriel inférieur à €4 Mds. Si le détail exact de ces mesures n’a pas été communiqué, elles toucheront essentiellement l’effectif européen du groupe. L’essentiel du travail de restructuration a déjà été réalisé en Amérique du Nord entre la fin 2001 et début 2002.

Dans l’attente des pans français et allemands de réduction d’effectifs

Comme nous l’avions déjà précisé il y a quelques mois, ce sont les effectifs de R&D qui devraient être les plus affectés par les restructurations, étant entendu que ce poste devrait rester aux environ de 11 % du chiffre d’affaires. Ce sont les salariés français et allemands qui devraient d’autre part être les plus touchés, compte tenu de leurs poids dans l’effectif total à fin juin. Depuis la notification de cette nouvelle phase de la restructuration du groupe, les négociations entamées au préalable avec les partenaires sociaux ont débouché sur des annonces sur les mesures chez Alcatel Espace (650 postes supprimés en incluant la “reconversion” du site de Valence), chez Alcatel Bell (1 073 postes ; fermeture du site de Gand) et en Espagne.

Plus de €2 Mds de trésorerie à fin 2003

Selon la direction du groupe, la trésorerie brute devrait être supérieure à €2 Mds à la fin 2003, ce même en cas de poursuite de la dégradation des commandes et hors cessions d’actifs majeurs. Ce chiffre n’inclut pas la ligne de trésorerie de €2.1 Mds négocié au mois d’avril dernier sur laquelle aucun tirage ne devrait être effectué. Le cash-flow généré par l’exploitation en 2003 devrait permettre de financer le volet en cash des restructurations. Sur l’ensemble de l’exercice 2002, les débours de trésorerie liés aux suppressions de postes et aux fermetures de sites devraient être d’environ €1 milliard, dont €466 millions ont déjà été dépensés au 1er semestre. Ce montant devrait être “probablement inférieur” à €1 milliard l’année prochaine, sans plus de précision.

Pas de couteau sous la gorge avant 2005

Nos hypothèses nous amènent également à considérer que le spectre d’un défaut de paiement chez Alcatel n’est pas d’actualité. Sur les 12 prochains mois, les échéances de remboursement de la dette sont limités à €200 millions. Sur les 12 mois suivants, ce sont 1 024 millions de dettes qui arriveront à maturité. Pour faire bonne mesure, nous avons rajouté à ces échéances l’extinction du crédit court terme figurant au bilan à fin juin 2002. En intégrant la cession du bloc de Thalès, nous débouchons sur un endettement net de €2.3 Mds à fin décembre 2002, soit un chiffre conforme aux indications de la direction qui prévoit un endettement net inférieur à €2.7 Mds (chiffre de l’endettement net à la fin de l’exercice 2001). Ce même travail sur le tableau des flux de trésorerie nous amène à envisager une trésorerie brute de €1.6 Md à fin 2003, soit un chiffre inférieur aux prévisions du groupe mais 1) qui suppose une dégradation certainement plus forte de la conjoncture qu’anticipée par Alcatel (chute du chiffre d’affaires de 12 %), et 2) une extinction totale des facilités de caisse du groupe (hypothèse extrême). La prolongation des hypothèses sur les flux de trésorerie au delà de 2004 peut, éventuellement, laisser augurer de problèmes de refinancement à compter de l’exercice 2005 à un peu plus de €1.14 Md de dettes qui arrivent à maturité, mais nous aurons le temps de revenir sur ce point, tandis qu’il est raisonnable d’escompter un retour de l’industrie dans une zone de calme à cette échéance.