Un retour de la croissance mondiale sur sa tendance

Publié le : 15 août 20185 mins de lecture

Après une année 2004 de croissance exceptionnelle pour des zones telles que les Etats-Unis ou le Japon (plus de 40 % du PIB
mondial à eux deux), l’année 2005 devrait voir la croissance s’équilibrer et revenir sur son potentiel alors que le cycle de rattrapage de
l’investissement qui a alimenté cette forte croissance en 2004 touche à sa fin pour faire place à une croissance en ligne avec celle de la
demande. En conséquence, les pays émergents vont être affectés par un ralentissement de la demande pour leurs exportations, plus
ou moins marqué selon les régions. La Chine devrait continuer à enregistrer une croissance soutenue grâce au développement de son
marché intérieur et à l’impact positif du lien entre le yuan et le dollar sur les termes du commerce chinois. L’année 2005 devrait, par
ailleurs, être celle de la sortie de la déflation pour l’économie japonaise. La zone euro, dont le cycle de rattrapage de l’investissement a
démarré avec retard par rapport au Japon et aux Etats-Unis, devrait voir sa croissance bénéficier d’une accélération de la demande
domestique, sous réserve que la hausse de l’euro n’enraye pas le mouvement.

Etats-Unis : les 2 moteurs de la croissance ont atteint leur rythme de croisière et progressent autour de leur potentiel

Nous attendons une croissance de 3.4 % du Produit Intérieur Brut américain en 2005, une croissance en ligne avec la croissance potentielle de l’économie (estimée à 3.1 % par le Congressional Budget Office et dans une fourchette 3.0 %/3.5 % par la Fed). Depuis la récession qui a pris fin en novembre 2001 (datation du National Bureau of Economic Research), la croissance américaine a été tirée, dans un premier temps, par une hausse de la consommation alimentée par les baisses massives d’impôts et la baisse des taux d’intérêt, qui a entraîné un mouvement de refinancement des crédits immobiliers sans précédent et une hausse continue du marché immobilier, compensant ainsi largement l’impact négatif du recul de l’emploi sur la consommation (phase A sur le graphique). Dans un deuxième temps, à cette vigueur de la consommation est venue s’ajouter une reprise marquée de l’investissement à partir de 2003 (liée à un rattrapage après une phase de désinvestissement massif entre la mi-2000 et 2002, ainsi qu’à des incitations fiscales), qui a poussé la croissance très au-dessus de son potentiel (avec un record en près de 20 ans de 7.4 % au 3T03, phase B sur le graphique).

En 2005, la plupart des facteurs temporaires de soutien à la consommation et à l’investissement devraient progressivement disparaître pour laisser la place aux facteurs plus traditionnels.
– les baisses d’impôts temporaires à destination des ménages ont pris fin au 2ème trimestre 2004, et la volonté affichée par G.W. Bush
de rendre ces baisses d’impôts permanentes apparaît peu compatible avec les engagements de réduction du déficit budgétaire pris par
ce dernier. Dans le même temps, les taux longs sont remontés après leur point bas de juin 2003, mettant ainsi progressivement fin à un
mouvement de refinancement de la dette hypothécaire historique et à la progression effrénée du marché immobilier US depuis 2002.
La consommation des ménages devrait désormais être soutenue, à l’avenir, par la croissance de l’emploi (que l’on observe déjà depuis un an) et la progression du revenu qui l’accompagne, dans un mouvement auto-entretenu similaire à celui observé au cours de la première moitié des années 1990. Notons également que le mouvement de refinancement, après avoir soutenu la
consommation à court terme en permettant aux ménages de rendre liquide l’appréciation de leurs biens immobiliers, va également
soutenir la consommation à long terme de par la diminution des mensualités résultant de taux hypothécaires historiquement bas (au
moins sur les crédits à taux fixe, représentant les 2/3 des emprunts hypothécaires).
– le cycle de rattrapage de l’investissement des entreprises devrait toucher à sa fin en même temps que disparaîtront les mesures
fiscales permettant un amortissement accéléré (à la fin 2004). Dans le sillage des investissements de renouvellement des capacités de
production, les investissements de hausse des capacités de production reviennent sur un taux de croissance annuel de 10 % qui
constitue la « norme » en période d’expansion de l’économie. On peut donc considérer que le retard en terme d’investissement
accumulé de mi-2000 à 2002 est désormais comblé et qu’il n’existe plus de potentiel d’accélération. La croissance de
l’investissement va désormais s’aligner sur celle de la demande, qui devrait elle-même progresser à un rythme en ligne avec le potentiel de croissance.

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